mercredi 8 avril 2020


Hello, je vous signale la sortie de mon nouveau livre, le Dictionnaire Soft Machine.

jeudi 12 mai 2016

années 90

Chronique de "Jukebox mag" (numéro 354, juin 2016)
 sur mes années 90.
Par la même occasion, ils ont aussi reparlé de mes années 80.
 

jeudi 5 mai 2016

Bonjour
une "brève"
très sympa dans la Nouvelle République d'aujourd'hui.

dimanche 15 novembre 2015

verso de la pochette du single d'XTC Senses Working Overtime (1982)


XTC. Mummer (1983)


Mummer (1983)

On retiendra essentiellement « Wonderland ». Les guitares ponctuent de leurs miaulements cette douce chanson de Moulding. Dommage que le chanteur force un peu trop sa voix. Harrison avait parfois ce problème. Sa voix n’était pas assez forte. C’est pourquoi George Martin l’avait mis en retrait. George en devint ombrageux.

« Wonderland » c'est un peu Lewis Carroll revu par des Beatles New Wave ? Ce serait trop caricatural d’énoncer les choses ainsi, même si des guitares style Harrison se font reconnaître au passage. Dans le clip promo, une jeune fille danse avec Moulding. Il y a un fondu enchaîné : la robe se transforme en tutu. La nouvelle Alice se retrouve en robe de petite fille avec des manches ballon. Elle danse dans les champs, puis dans un labyrinthe végétal (comme dans le Shining de Stanley Kubrick). Partridge, habillé en jardinier, peint des roses. Il en offre une à la nouvelle Alice. Elle trouve une quantité de lapins blancs, n’arrive plus à trouver l’issue du labyrinthe, se perd dans un dédale de haies. La nuit tombe. Une apparition monstrueuse : des armatures de mannequins chevalins, assez anxiogènes. Alice rencontre le bébé-cochon et le chat du Cheshire, avec son sourire étrange, ses yeux lumineux comme des phares. Puis on la voit prostrée au fond du labyrinthe. Elle tombe dans une piscine. Comme Ophélie, elle flotte au gré du courant. Des jardiniers, munis de cisailles, taillent dans la haie une statue végétale figurant la jeune fille. On la voit ensuite flottant dans la piscine, dont les eaux, un peu glauques, ressemblent à celles d’un marécage. « Float on a river for ever and ever, Emily » disait déjà Syd Barrett.

C’est une de ces chansons anglaises sur ces adolescentes qui ont du mal à trouver leurs marques. Une chanson sur le monde de l’enfance, les difficultés du passage à la vie adulte. Les paroles évoquent doucement ses inhibitions : « Un jour tu vaincras tes peurs, tes malédictions ». Et tu te retrouveras au pays des Merveilles. On y parle de blocage en voie de résolution. Le temps est un grand maître, dit-on… C’est la grande tradition des adolescentes mal dans leur peau. Le clip est peut-être trop référentiel pour être onirique...
 
Extrait d'OLD WAVE COLD WAVE de Jérôme Pintoux, au Camion blanc.

XTC. English Settlement (1982)


English Settlement (1982)

C’est l’album du repliement sur soi. Retour aux racines anglaises. Partridge renonce à la scène et se consacre à l’écriture. A trop tourner, on perd son âme. Les dessins préhistoriques de la pochette : le cheval de l’âge de pierre, effilé, stylisé et malingre, souple et nerveux comme un Giacometti. L’album s’inscrit dans le regain de celticité qui sévit en Angleterre en 1982. Souvenez-vous de la pochette d’Avalon, de Roxy Music, avec cette femme casquée tenant un petit faucon, ou du « Celtic sound » des Kevin Rowland Dexys Midnight Runners, musiciens des rues. Un revival éphémère.

Sur « Senses Working Overtime », l’identification de Partridge à Lennon (défunt) est assez frappante, jusqu’à la tenue vestimentaire. « Je peux voir, entendre, sentir, toucher et goûter, et j’ai un deux, trois, quatre, cinq sens qui font des heures supplémentaires, et les cloches de l’église tintent doucement ». Poésie rurale, calme, sensuelle, sereine, dominicale.

« Jason And The Argonauts »

Ce sont des rêveries sur la mythologie, la réactualisation d’un vieux mythe grec. Que seraient donc les Argonautes si Orphée n’était pas sur la nef Argo ? Un ramassis de pirates de la « Mer Noire » partis pour voler la Toison d’Or. « Oh, ma tête tourne, elle est pleine des bêtes que j’ai vues. Il me semble que plus je voyage, plus je trouve des poissons bizarres dans mes filets, comme Jason et les Argonautes en avaient pêché. Je suis allé dans un pays où les hommes obligent les femmes à cacher leur beauté. Mais ici, en occident, c’est exactement pareil. Elles se maquillent, ça leur sert de voile ». Des réflexions narquoises, à la Swift ou à la Lennon. « Et le vent des mensonges a soufflé et a gonflé mes voiles ». Les paroles collent à l’actualité. Les hommes-animaux, en anglais manimals, c’est un mot-valise à la H.G. Wells (L’île du Docteur Moreau). L’histoire de la femme écarlate est une référence à l’Apocalypse de Saint Jean. Dylan l’évoque aussi dans « Jokerman » sur Infidels.
 
EXTRAIT de mon livre sur les années 60, 70 et 80, OLD WAVE COLD WAVE.

vendredi 16 octobre 2015

Chanteurs et groupes français des années 80, par Jérôme Pintoux

Parution prévue vers le 16 novembre, éditions Camion blanc.
Sera en vente en librairie, chez certains disquaires qui ont un rayon librairie, en ligne aussi (amazon, gibert, fnac, cultura, etc.) et sur le site de l'éditeur. Comme le "Dylan" et "Old Wave".

mardi 8 septembre 2015

U2. The Unforgettable Fire


U2

The Unforgettable Fire

(1984)

The Unforgettable, c'est du rock héroïque de 1984 (vingt-huit ans déjà), après l'extraordinaire « New Year's Day » sur War (1983) : pas mal mais sans grand éclat, au son un peu trop familier, un peu trop connu, comme des drapeaux, des oriflammes ou des bannières, qui seraient restés trop longtemps au grenier. Oubliés dans un coin, ils auraient pris la poussière. On les aurait nettoyés scrupuleusement, minutieusement. On aurait tenté de rafraîchir leurs couleurs passées, mais ils se seraient surtout déployés au vent dans les années 80 : les tempêtes des années 2010 semblent les ignorer, ils restent souvent en berne ou se déploient avec raideur.

C’est pourtant un album cohérent, sans réel temps faible, sans facilité. On relève surtout trois temps forts : « Pride » (In The Name Of Love) écrit à la mémoire de Martin Luther King, très bien interprété, ainsi que « The Unforgettable Fire » (composée de plusieurs mouvements) et « Bad », produits par Brian Eno et Daniel Lanois.

Parfois on croirait entendre les Simple Minds : la voix de Bono se fait douce et rejoint celle de Jim Kerr. Plusieurs chansons parlent des Etats-Unis, d’Elvis, de l’été indien : on s’éloigne des terres irlandaises.

On note un formidable travail à la batterie que la remasterisation rend bien et accentue. Le batteur, le grand Larry Mullen Junior, aurait été digne de jouer chez Adam and the Ants, avec sa frappe martiale, son sens du rythme. Ce sont tous d’excellents musiciens mais le batteur est l’un des meilleurs de sa génération.

La guitare de the Edge fournit un contrepoint lyrique (et toujours élégant) à la voix du chanteur. La basse est omniprésente.

La pochette représente Moydrum, un de ces châteaux anglais soi-disant hantés, recouvert de lierre. Il n’en reste que quelques pans, qui s’écrouleront un jour. On voit cette ruine sous d’autres facettes sur le livret. Elle semble encore plus démantelée sur les autres clichés (Moydrum, dans la province de Limerick).

Avec War et The Joshua Tree, on pourrait parler de trilogie héroïque ou de trilogie épique, pour ce groupe irlandais qui connut un succès international, et qui perdure.

Extrait d'OLD WAVE COLD WAVE NEW WAVE de J. Pintoux, au Camion  blanc.

Depeche Mode. Speak And Spell.


Depeche Mode
 
Speak And Spell

La pochette de Speak and Spell (« Parle et maudis ») est bizarre. Speak and Spell peut également signifier « Parle et épèle », ce que pourrait dire un instituteur à un élève. Il s'agit donc d'un jeu de mots, d'un titre contextuel. Cette pochette représente un cygne empaillé sur un nid de branches mortes, le tout emballé dans du plastique. Le titre ferait référence à un jouet d'enfant, qui parlerait et lancerait des malédictions, comme dans un conte fantastique.
Il s'agit du premier album d'une toute jeune formation qui jouait d'instruments entièrement électroniques à une époque où le tout guitare était de rigueur. C'était déjà de la New Wave, mais en 1981, on les qualifiait de futuristes.
Ils venaient d'un bled du sud de l'Angleterre (Basildon) et de la classe ouvrière. Ils eurent du mal à s'imposer : on les prit moins au sérieux que leurs concurrents immédiats, Human League ou Heaven 17.
Ils devinrent si « énormes », dans les années 80, qu'ils concurrencèrent jusqu'à U2 sur la scène internationale.
La réédition de ce premier CD offre une qualité de son exceptionnelle. Toutes ces rééditions Deluxe sont confondantes de qualité. Il y a là quelques morceaux sublimes, insoupçonnés. A l'époque toutes les chansons étaient composées par Vincent Clarke, le clavier, qui devait quitter le groupe à l'issue de ce premier album, pour fonder Yazoo, avec la chanteuse Alyson Moyet, puis Erasure. Puis ce fut Martin Gore qui prit le relais.
Les deux derniers titres de l'album, tous deux sortis en single, sont d'une qualité exceptionnelle, « Can't Get Enough », et « Dreaming Of Me ». Dave Gahan s'impose au chant. Sa voix sonne juste. Les autres morceaux s'écoutent avec un certain intérêt.
Le DVD, qui accompagne cette réédition, présente les débuts du groupe sur la scène anglaise, leurs tâtonnements, avec interviews des principaux protagonistes. Ils ont commencé avec de petits claviers monophoniques. Ce n'étaient pas de bons guitaristes : ils ont décidé de jouer de la musique électronique.
Ils ont fait la première partie de Fad Gadget, ont failli signer chez Rough Trade, mais ont finalement été engagés par Mute Records. Au départ, ils avaient l'air d'étudiants bien sages. Leur premier album, à base de Moog Prodigy et de Yamaha a posé les jalons de ce qui allait suivre. Ils ont eu la chance de tomber sur le producteur Daniel Miller, un as du synthé, spécialisé dans les vieux modèles analogiques. Leur premier grand succès, ce fut « New Life » (onzième dans les charts). Le jeu de scène de Dave Gahan imitait étrangement celui de Jim Kerr, le leader des Simple Minds...
Extrait d'OLD WAVE COLD WAVE NEW WAVE de J. Pintoux, au Camion  blanc.

Simple Minds


Simple Minds

Pourquoi les Simple Minds, qui étaient si bons, si doués, sont-ils tombés en déréliction ?

Coquin de sort. Une de ces destinées artistiques dont la trajectoire nous échappe. On voit les artistes au faîte de leur gloire. Puis la mode change : on les oublie. Simple Minds n'échappe pas à la règle. On les connut post-Punk. Néoromantiques d'avant-garde. Ils devinrent ensuite un groupe de stade, vers 1988. Peut-être les seuls rivaux planétaires d'U2. Puis le succès les délaissa, ils replongèrent dans l'anonymat. La critique s'est ingéniée à les conspuer, depuis le succès de « Mandela Day », de leurs tournées internationales. Il y eut en outre plusieurs défections au sein du groupe, qui ne conserva que son noyau dur, le chanteur et le guitariste. Tous deux co-auteurs et excellents compositeurs.

« Promised You A Miracle »

Une blonde glacée, haute couture, hante ce clip. On la croirait échappée d'une pochette de Roxy Music. Le chanteur Jim Kerr se la joue Bryan Ferry, qui lui-même se la jouait Nouveau Brummel…

« Glittering Prize »

Une collection de masques mortuaires, hiératiques et dorés. Tels des masques de pharaon. Ou la pochette de Byrdmaniax, des Byrds, figée, un peu anxiogène. Jim Kerr, Toutankhamon mort-vivant, ouvre les yeux tout au fond de son sépulcre. La douceur de sa voix est telle que l'on fait chuchoter certains mots à la jeune femme glamour qui se promène dans ce mini film. Mais c'est bel et bien Jim Kerr qui les murmure.

« Speed Your Love To Me » (1984)

Des plongées sur Glasgow enneigé. La caméra balaye l’espace. Des images de docks et d’installations portuaires. Une ville écossaise en hiver. Une tristesse septentrionale. Simple Minds nous montre son territoire. Urbain, mais pas seulement. Des images de lochs. Un enthousiasme sans fébrilité. Le charisme de Jim Kerr. On voudrait avoir la pêche du chanteur. Il a l’air sage et jeune. « Speed Your Love To Me » multiplie les panoramiques sur le Loch Ness et le Glagow portuaire. L'Ecosse dans sa multi réalité. Les couleurs du Loch sont étincelantes. Quelques vues des Highlands, qui ressemblent au Massif Central. Hommage aux montagnes d'Ecosse.

« Waterfront »

La vidéo de « Waterfront » alterne les prestations scéniques et les vues portuaires de Glasgow.

« Up On The Catwalk »

« Tout en haut de la gouttière ». Encore le thème du masque, sous la forme du visage peint. Des portraits robots défilent à toute vitesse. Ce qui a mal vieilli, c'est la garde-robe de Jim Kerr…

« Don't You »

Le chanteur évolue dans une pièce encombrée de jouets. Train électrique, cheval à bascule. Salle de jeu, lambrissée à mi-hauteur, comme une pièce de château écossais, où évoluerait un fils de laird.

« Alive And Kicking »

Une vue aérienne des musiciens, allongés dans l'herbe. De belles images de cascades. C'est l'un des clips les plus romantiques qui soient. De superbes paysages (écossais ou alpestres ?) forestiers et montagnards. Une caméra subjective, en travelling arrière, qui se perd dans les bois. Le groupe, sur une esplanade rocheuse, à la Friedrich. Jim Kerr fait semblant de voler. Heureusement qu'il n'y a pas un chasseur dans le coin…

« She's A River »

On dirait du Doors Tamla-Motown.

« Belfast Child »

Croyance en l'avenir. Les enfants seront peut-être moins bêtes que leurs parents : ces stupides guerres de religion cesseront peut-être un jour. Les mouettes sillonnent les champs d'immondices. Une violoniste, nouvelle venue dans le groupe. Un groupe celtique.

Extrait d'OLD WAVE COLD WAVE NEW WAVE de J. Pintoux, au Camion  blanc.

samedi 29 août 2015

XTC. Les scaphandriers de Black Sea (1980)


Les scaphandriers de Black Sea (1980)

Dignes et altiers, dans leurs scaphandres encombrants, gorgés d’eau et d’un autre âge, que recherchent-ils au fond des mers ?  Ils ont l’air de traquer l’épave de la Nef Argo, à moins qu’il ne s’agisse de la fameuse Toison d’Or, également gorgée d’eau, vraisemblablement pourrie, suite à un trop long séjour au fond des eaux. La pochette est volontairement anachronique : on dirait des cosmonautes maritimes d’un autre siècle. C’est encore et toujours l’ombre du sous-marin jaune… L’influence de Vingt mille lieues sous les Mers, son adaptation par Terence Fisher (studios Disney, 1954) semble évidente. Un décalage temporel, mais aussi décalage spatial : cette « Mer Noire » c’est peut-être la Mer du Nord. Une mer fuligineuse, dont la couleur signale les dangers. Un décor trompe-l’œil et de vieux gréements.

« General and Majors », la meilleure chanson du disque, n’a pas eu le succès qu’elle aurait mérité. C’est un hymne effronté, irrévérencieux, antimilitariste et réjouissant. Des paroles à la Lennon. Le refrain dit : « Ils ont toujours l’air malheureux, sauf quand ils déclarent la guerre ». Les gradés en ont assez de rester dans l’ombre…. Dans le clip, digne de Magical Mystery Tour, on les voit faire du trampoline dans un château-fort gonflable, un jouet de plage ou de fête foraine.

« Rocket From A Bottle », de Partridge, se ferme sur l’accord d’ouverture de « A Hard Day’s Night » : toutes cordes à vide.
(...)
Extrait d'OLD WAVE COLD WAVE NEW WAVE DARK WAVE de J. Pintoux, au CAMION BLANC.

samedi 22 août 2015

Mylène Farmer. Monkey Me (2012)


L'ambiance y est moins gothique que par le passé. Pourtant les paroles semblent toujours aussi sinistres, angoissées : Mais où va le monde ? Mais où est ma tombe ? Mais que devient le monde ? Un tout qui s'effondre. Un rossignol lugubre. La mort individuelle se confond avec l'apocalypse généralisée (après elle, le Déluge ?), Inévitable naufrage, Je sais bien pourquoi la lune n'a plus le même éclat ("Tu ne le dis pas").

Sensuelle et sans illusion, c'est une Anna de Noailles new look. La poétesse de la Belle Epoque écrivait déjà : Mais vous, force des nuits, feu d'argent, tubéreuse, Reine des soirs puissants, cœur profond, chair heureuse, Dont le velours est fait de parfums condensés, Vous, par qui le poumon, soudain, s'enfle et se creuse. Ne dirait-on pas du Mylène Farmer, et jusque dans la scansion ? Rajoutez par-dessus la mélodie des "Regrets", vous verrez le résultat. Pierre Benoit disait de la comtesse femme-poéte : Rimes plates d'abord, puis quand les nerfs sont suffisamment ébranlés, un feu d'artifice déchirant de rimes embrassées. Je n'oublierai jamais la secousse nerveuse que me produisit, sous ce ciel embaumé d'Orient, l'énumération des fleurs aux parfums trop lourds, couronnés par l'évocation à leur belle reine, d'un sensualisme oppressé impossible à exprimer. Un texte quasi prémonitoire, évoquant, dirait-on, la belle Mylène, désenchantée.

Un album néo-disco, "madonnesque", si l'on nous permet ce néologisme, des morceaux qu'il faut écouter au casque pour en saisir les nuances, les saveurs, les subtilités. Si l'on se contentait de les entendre de loin, en bruit de fond, dans le premier hyper venu, on n'en verrait que les grandes lignes, les facilités : ils méritent une autre approche, plus attentive, plus concentrée.

mardi 18 août 2015

Interview de Robert Garnier, pour sa tragédie Hippolyte, en 1573.

Pardon, ce n'est pas très marrant, mais j'ai pensé que cela pourrait vous amuser, cette langue fin XVIème...



Interview de Robert Garnier, pour sa tragédie Hippolyte, en 1573.


Robert Garnier, dans le songe d’Hippolyte, vous évoquez l’arrivée de l’aurore ?


 


Les monts sourcilleux commencent à jaunir.


Hippolyte est content de revoir le soleil ?


 


Il  le salue, lui, son char, ses chevaux, & ses beaux rayons d'or.


Il vient de faire un rêve éprouvant ?


     


Il lui semblait dormant, qu’il errait solitaire
Au creux d'une forêt, son ébat ordinaire.


L’endroit était particulièrement sombre ?


 


Il y faisait obscur non pas du tout comme
En une pleine nuit, qu'accompagne le somme :
Mais comme il fait au soir, après que le soleil
A retiré de nous son visage vermeil.



Il avait ses chiens de chasse avec lui ?


 


Quatre de ses chiens y entrèrent d'aventure,
Quatre molossiens de guerrière nature.


 


Ils avaient senti la présence d’un gibier quelconque ?



Il se vient présenter un grand Lion affreux,
Le plus fort & massif, le plus épouvantable
Ses yeux étaient de feu, qui flambaient tout ainsi
Que deux larges tisons dans un air obscurci.
Sa gueule était horrible, & horribles ses dents
Qui comme gros piquets apparaissaient dedans.
     


Les chiens ont dû avoir peur ?


 


Et pas qu’un peu !


 


Bien que hardis, si tôt qu’ils l'avisèrent
Que saisis de frayeur, dehors ils s'élancèrent :
Accoururent vers lui, tremblant & pantelant,
Criant d'une voix faible.


 


Ils ont détalé vite fait ?


 


Comme un grand chef guerrier, qui voit ses gens en fuite,
A beau les exhorter, les prier, supplier
De retourner visage, & de se rallier :
A beau faire promesse, a beau donner menace,
C'est en vain ce qu'il fait : ils ont perdu l'audace,
Ils sont sourds & muets, & n'ont plus autre soin,
Que de hâter le pas & de s'enfuir bien loin.


 


Le fauve s’est jeté sur Hippolyte ?


 


Ses griffes fondaient dans son estomac nu,
L'écartelant sous lui comme un poulet menu
Qu'un Milan a ravi sous l'aile de sa mère,
Et le va déchirant de sa griffe meurtrière.


 


C’est à ce moment-là qu’il s’est réveillé ?



Vaincu de tourment il jette un cri si haut,
Qu’il en laisse son songe, & s'éveille en sursaut,
Si froid & si tremblant, si glacé par la face,
Par les bras, par le corps, qu’il n'était  que glace.
Il  fut longtemps ainsi dans son lit étendu,
Regardant çà & là comme un homme éperdu,
Que l'esprit, la mémoire, & le sens abandonne,
Qui ne sait ce qu'il est, ne connaît plus personne,
Immobile, insensible…


 


Puis il a fini par se raisonner ?


 


Il s’est dit : « Ce n'est qu'un vain semblant, qu'un fantôme, une image
Qui nous trompe en dormant, & non pas un présage »…



lundi 10 août 2015

Sad-Eyed Lady


Sad-Eyed Lady of the Lowlands

 

"The kings of Tyrus with their convict list
Are waiting in line for their geranium kiss,
And you wouldn't know it would happen like this,
But who among them really wants just to kiss you?
With your childhood flames on your midnight rug,
And your Spanish manners and your mother's drugs,
And your cowboy mouth and your curfew plugs,
Who among them do you think could resist you?"

 

L'un des morceaux-clés du disque et de l’œuvre. Onze minutes et dix-huit secondes ! C’est une valse très mystérieuse. Un véritable blason du corps féminin.

"L'histoire" en est elliptique. Il y est question d'une petite prostituée campagnarde, qui s'est fait gruger par les fermiers et les hommes d’affaires. La Dame aux Yeux Tristes est une personne doucement malheureuse... On dirait une statue de la Vierge, promenée au cours de processions votives.

Malgré son titre enchanteur et mélancolique, c’est aussi un "protest song" cryptée. Ce n'est pas seulement une belle ballade nostalgique. La loi de la jungle y règne. C’est un thème omniprésent chez l’auteur, même dans ses plus douces chansons.

Cette "Lady" est un personnage cyclothimique. Si son regard est triste elle peut aussi faire preuve d'un enthousiasme enfantin ("childhood flames"). Il y a un côté mélo : des draps froids comme du métal, une rue à putes, un mari volage, de couverture de la presse "people"…

Le conteur dresse un bilan négatif du passé de cette femme. Un beau paradoxe : "Ton visage de sainte et ton âme de fantôme"... Elle a connu bien des malheurs…On ne sait pas ce qui lui est arrivé au juste. "Dead angels", est-ce une image liée à la drogue ou à l'avortement ? Les fermiers et les hommes d'affaires l'ont-ils transformée en junkie ? Est-ce l'histoire d'une déchéance ou les mésaventures d'une fille qui n'a pas eu de chance ? On retient surtout sa parure, fascinante, ses vêtements de couvre-feu, ses fichus de bohémienne aux couleurs indécises.

Dylan tombe souvent amoureux des victimes. Il a l’air rude comme ça, le regard incisif et tranchant, mais son cœur est plein de compassion.
(...)

Extrait de mon Dictionnaire Dylan, au Camion blanc éd.

jeudi 6 août 2015

Dylan. Tarantula.


Tarantula

Le premier ouvrage de Dylan. Une erreur. Se contenter de le feuilleter. A sa décharge, Tarantula est une œuvre de commande, rien de plus. D'une façon imprudente, Dylan s'était engagé auprès d'un éditeur new yorkais à lui fournir un volume de poésie. Il dut l'écrire dans l'urgence pour honorer son contrat, mais le résultat fut catastrophique. C'est du sous-Dylan.

Tarantula tient à la fois de la satire sociale, du surréalisme tardif, de l'écriture automatique, sûrement du cut-up aussi, mais contrairement aux chansons de Bringing It All Back Home, Highway 61 ou Blonde on Blonde, la mayonnaise ne prend presque JAMAIS. Dylan à la traîne de Burroughs ou de Ginsberg, en épigone, on a un peu honte pour lui. Cette œuvrette, même pas drôle, a vraiment été composée à la va-vite. On dit que Dylan ne lui attache aucune importance. Ouvrage sans inspiration. Œuvre mineure. Bric-à-brac indigne, néanmoins constamment réédité... Traduit en français par Dashiell Hédayat (au fond de sa Chrysler rose ?).

L'un des seuls intérêts de l'ouvrage, ce sont quelques coq-à-l'âne, comme dans les Epîtres de Clément Marot.
 
 

 (extrait du dictionnaire Dylan de J. Pintoux, au camion blanc, 2013).